38-Primavera

Amis tièsses-en-l'air, buongiorno!

Une fin mars prometteuse question météo et les derniers jours avant une Lune trop présente.
Ne pas rater l'occasion là, même si ce satané Murphy a bien tenté de me mettre des bâtons dans les tourillons.
Faut que j'explique...au fait Murphy n'y est pour pas grand-chose, c'est plutôt mon inattention qui devrait être mise en cause.
Que le diable emporte cette sale distraction qui m'est propre!

Des choses d'avant le départ

- fin d'après-midi (16H32'44" temps local) bigophone: direction Chapois avec Astrobruxelles avec son tout nouveau "p'tit cyclope" (un Orion XTi 200/1200) et mon matos (T305, tente et tout le bazar habituel)
RV vers 9 heures au bistrot du coin où je serai avec mon chargement.
Ouaip, au bistrot: il y a les potes qui ont soif et besoin de mes clés pour se recueillir chez moi après coup.
- vers les 6 et demi, je descends chargé comme un mulet.
Objectifs: retirer de l'argent au Mister Crash, déposer le brol au bistrot, dire coucou aux potes et prendre l'apéro, faire des courses, rentrer chez moi, préparer les pâtes, manger, retourner au bistrot, prendre un pousse-café, donner les clés, sauter dans la voiture d'Astrobruxelles.

Tout était réglé, planifié, avec une précision scientifique, me laissant ainsi la liberté d'esprit pour penser aux petites taches floues qui allaient agrémenter mes nuitées.

Pendant la file au distributeur de papiers sans odeur, c'est avec effarement que je constate l'absence de ma carte bancaire. J'ai beau tâter et retâter toutes les poches ou endroits où elle aurait pu se glisser: le néant.
Diantre! J'ai du oublier de la retirer lors de ma précédente visite et l'appareil a fait gloubs.
Pas de flouze = pas de courses avec nourriture de survie = pas de billet train retour.
Pire: pas de carte = aller à l'agence = devoir rester sur Bruxelles.

Scrognnnndenomdegrmbllll, je remonte le matos et fouille sans grand espoir une veste portée récemment.
"Astrobruxelles? C'est rapé! Ce sera pour une autre fois! Quoique, avec les potes, cela va peut-être s'arranger..."

Me voilà donc au bistrot avec mes grosses bottes.
Réunion de crise. Avec sollicitude on me demande combien qu'il me faudrait en biftons et on m'assure qu'un coup de fil à l'agence devrait suffire.
J'accepte avec humilité cette magnanimité et muni de la carte à Blaise (dont tous les potes connaissent le code en principe) je retourne vers la machine à sous.

Avec le retour des taches floues dans ma tièsse, j'introduis mon propre code, m'en rends compte juste à temps et corrige.
Bon c'était quoi encore le code à Blaise? Pas de réponse au bigophone...première tentative: erronée, deuxième essai (si ce n'est pas celui là, je suis certain pour le troisième), erroné aussi.
Bon, alors c'est le troisième: xxxx (en effet, c'est bien xxxx).

Mais le Mister Crache avait comptabilisé mon premier essai pourtant corrigé!
Fini, carte devenue hors service.

Pas la peine de transcrire les "noms d'oiseaux" que je me suis donné.
Puis comment annoncer au copain qui a voulu t'aider que tu l'as bien foutu dans des ennuis?
Je n'ai aucun Marabout Flash à ce sujet, faudra improviser...

Muni d'une minerve, je retourne au bistrot: "Blaise, tu vas m'étrangler!"

Incrédule, il consulte son agenda pour s'assurer qu'on n'est pas le premier avril.
Toujours incrédule, il part vers le distributeur s'en rendre compte de par lui et soi-même en personne.
(j'en ai profité pour me cacher en dessous de la banquette)

Dix minutes après (une éternité), le voilà de retour, le visage inexpressif mais avec 50 zorros.



Eh bien il a plus d'une carte dans son sac l'ami Blaise (c'est vrai, il est riche lui)
Effectivement, l'autre carte était HS (bizarrement, le lendemain, sans aucune intervention, elle était à nouveau opérationnelle à ce qu'il ma dit) et il a utilisé sa Visa.

Bon, j'avais devant ces merdouilles des réticences à partir (faut être calme et serein pour observer et j'étais énervé comme un gendarme devant écrire le mot "trottoir")
Mais ils m'ont dit d'y aller, que ce n'est pas grave, de me faire ce plaisir...

Bon, profonde respiration, quelques pensées..."Astrobruxelles? OK, on y va!"
Puis la suite du planning: courses, manger etc...
(Blaise? Jean-Yves? Si vous me lisez, encore un grand merci, car vous m'avez permis de passer deux nuitées mémorables!)

Des choses de la première nuitée

Arrivés assez tard sur place, installation tente et priorité pour les premières lumières du p'tit cyclope (le 300 attendra sagement)

Il a de la gueule le nouveau!
Vraiment une réussite question design.
Les mouvements sont assez bons pour un instrument du commerce, faudrait rajouter un frein pour la hauteur si on utilise des gros cailloux comme oculaires (ce qui fût le cas)
Le chercheur coudé par contre, bêêrk, perso je suis in-ca-pa-ble de m'en servir. Une sainte horreur pour moi, redressé or not, trop l'habitude du chercheur droit avec les deux yeux.
Heureusement que le dob était équipé d'un Telrad (mal placé je dois dire, mais Said a arrangé ce défaut ergonomique depuis lors)
Puis avec l'oculaire UWAN William Optics 28mm, avec ses 82° de champ apparent, difficile de passer à côté de ses cibles!

Alors là, ça cause ce grand champ.
L'amas de la Ruche (M44) y crèche à l'aise, c'est net, lumineux, piqué, en un mot: formidââââble!

L'intelliscope lui, ce sera pour la prochaine fois.
J'avais déjà eu ma dose d'ennuis que d'encore m'énerver avec un truc informatique sans mode d'emploi.

Bien bien donc ce 200/1200.
Fallait un peu ajuster la collimation. Belle démonstration là: je vois que le primaire est bien réglé (reflet de l'œilleton parfaitement centré).
Cependant l'œillet du primaire était légèrement décalé.
Fallait donc jouer sur le secondaire.
L'araignée en acier permet de "forcer" un peu à la main le secondaire pour voir par où corriger.
Bien, par là donc..."Said, tu as la clé à laine?"
Hop, Said en train de regarder ce qui passe à travers l'œilleton de collimation, je dévisse un chouïa là, revisse un peu ici...
"Ouaaaaaiiiis, c'est booooooooon!"

L'air tout-à-fait naturel, je contrôle la propreté de mes ongles et me roule une clope d'autosuffisance.

Le ciel était assez bon mais de plus en plus brumeux.
Pas vraiment l'idéal pour les galaxies mais faisable.
On a donc passé les plus brillantes en revue, puis, le temps que je monte le 300, j'ai orienté Said vers la Chevelure de Bérénice.

Ahum, je voudrais bien vous voir monter un télescope quand 5 mètres plus loin, il y a le copain qui n'arrête pas de crier Paaaatte! Une galaxie! Et là encore une! Non, il y en a trois! Viens vouââââr!

Trois quarts d'heure je pense qu'il ma fallu.

Puis, avant le retour de Said, une petite pause soupe bien chaude, ça fait du bien ça, autre chose que mon sauciflard et frometon de survie.

Le Lion amorçait déjà sa descente, il était temps de commencer mon "programme" prévu pour le sénuit: le saute-galaxie Coma-Virgo comme expliqué par Philip Harrington dans son excellent Starwatch.
(c'est bien de voir des galaxies, c'est plus poli de les saluer par leur petit nom)
Je ne vais pas "plagier" ses conseils, mais quand même un peu expliquer de quoi il s'agit.

Il propose deux approches, une en partant de Denebola (The Western Campaign) et l'autre, plus longue, en partant de Vindemiatrix (The Eastern Campaign)

La première nous permet de situer M98, M99, M100 et M85.
Cette carte tirée de Stellarium avec les indications du Starwatch montre une méthode:



Avec la brume de plus en plus présente, j'ai du déclarer forfait pour continuer "l'exploration".

Bal(l)ade désinvolte alors avec tête bino (sans barlow, à 75x) avant de me retirer dans mes appartements.
De belles choses, mais incomparables par rapport à la deuxième nuitée, qui m'a fait cadeau du plus beau ciel que j'ai eu le bonheur de déguster en Belgique.

Voici quelques photos de la soirée et du petit bonheur au réveil:




Des choses de la deuxième nuitée

Un des avantages de Chapois, c'est qu'il a peu de passage.

Aucun problème donc de se retrouver dans le champ vêtu comme Tarzan qui attend que son slip soit sec.
J'étais tout-de-même plus civilisé équipé des jumelles.
Les cris d'un rapace voltigeant au dessus de la tente m'ont réveillé, ah il était beau ce volatile (pas su l'identifier, il me manque mon guide à piafs)

Humhhh, il fait doux, ça sent tout bon la terre fertile, c'est agréable.
Malgré cette évasion, je pense à cette carte de banque et contacte l'agence: fermée le mardi.
Boah bon, après tout, je verrai bien plus tard, il y a tout ce qui faut là: de l'eau, à manger, même de quoi se faire un apéro Pastis! A quoi bon se faire des soucis?
La journée se passe en promenades, siestes et observation de la Lune (j'adore l'observer en plein jour)

Une légère brise du secteur Nord-Est vient s'inviter en fin d'après-midi.
La sensation de froid s'en trouvera accentuée durant la nuit, mais par contre, quel gain en transparence!
Comme cadeau d'anniversaire j'ai eu un ciel excessivement extraordinaire.
(pour la Belgique)
Le plus beau jamais vu en ce royaûûûûme.
Et ce n'est pas une blague premier avril (forcément, comme la Lune s'est couchée après minuit) ni because abus de Pastis, non non: une transparence style quelques gouttes de Channel N°5 comme seules voiles, une turbulence s'approchant du -273,15°C...

Autant dire que c'était le festival!

Fallait cependant attendre que Ma'âme Lune se retire pour en profiter pleinement.
Saturne en attendant, ainsi que quelques occultations (Jean Bourgeois m'avait communiqué les heures)

Au printemps, elle est haute la Lune croissante.
La lumière cendrée était superbe et effectivement, je vois une étoile de magnitude 9,6 (dixit Jean) qui se fera phagocyter.
Le temps semble s'écouler lentement quand la Lune est encore éloignée de l'étoile.
Au fur et à mesure qu'elle poursuit son orbite, que l'instant de l'occultation approche, cela va de plus en plus vite.
A quelques minutes d'arc, cela se précipite et soudainement, l'étoile cesse de briller, rendue invisible par le côté ombragé de la Lune croissante.

Cela m'a fait penser à la vie, l'âge, le vieillissement, "l'occultation finale"...
Pour un enfant, encore bien loin de l'échéance, quelques mois semblent une longue période.
Un adulte, une personne plus âgée ne va pas ressentir ça pareillement: les années volent, les événements d'il y a une décennie paraissent avoir eu lieu récemment.

Oh que oui que ça passe vite la vie, que le compte-à-rebours de l'occultation s'emballe.
Alors soyez heureux, jouissez!
Et ce n'est pas cette foutue carte de banque qui va me gâcher la magie: je m'en fous , j'en ai rien à cirer, capito? Viva la vita! Carpe diem et noctem!

Justement, à propos de noctem...

Pfffou, comment raconter cette nuit?
Allez, après les occultations (et renaissances ) je me suis octroyé une sieste en attendant le coucher de la Lune.
Puis reprise du "programme" de la veille, avec the Western Eastern (correction, merci Jeff!) Campaign:



Un cheminement qui mène finalement à la chaîne de Markarian...

De quoi y passer des nuits et des nuits!

Après cette belle dose de galaxies (je n'ai pas oublié les autres, Grande Ourse, Dragon, Chiens de Chasse, celles près de Melotte 111...) c'en était "trop".
Je n'aime pas trop les marathons, mais comme j'étais en manque...

Une petite pause s'impose pour faire décanter tout cela, je pars me promener et essaye de repérer le coq qui chante malgré l'obscurité.
Cela semble provenir de chez mes amis fermiers, pas vu en tout cas.
Pendant la journée j'en ai vu un tout blanc en train de faire son Aldo Maccione devant les poulettes.
L'aut' là qui "chante" fait plutôt de son Barry White avec sa tessiture bien dans les basses pour des cocoricos.

Retour au télescope et changement de programme, de saison même!
La Voie lactée, couchée sur l'horizon (25°) Est, était visible et bien dessinée de Cassiopée jusqu'à l'Ecu.
Le Cygne parfaitement horizontal se laissait balayer de gauche à droite par un simple mouvement en azimut.
Hop: Pocket Star Atlas à la page 62, andiamo!

La "Blinking" (NGC 6826) pour commencer.
Lors de la Profondstarparty III, j'avais remarqué le chouette effet de passer de vision directe à décalée en observant la nébuleuse du Clown (NGC 2392) mais avais souvenir que la Blinking est championne du genre.
En effet, y a pas mieux, elle n'a pas volé son nom!

Puis, un peu fatigué, je me laisse aller à la désinvolture le long du corps du Cygne.
Que du monde par là, que d'objets, que d'astérismes pour l'imagination!

Un exemple avec un "huit", pas loin du bellissime amas ouvert NGC 6910 (près de Sadr).
Des images au lieu d'un discours, tirés de Stellarium, l'amas ouvert puis le "huit" avec le truc imaginaire en médaillon:





Après cette bal(l)ade près de l'horizon chez nos amies de l'été, retour vers le zénith avec un M13 hallucinant à la tête bino.
Vingt cieux! Que dis-je? Cent cieux, mille cieux! Mille feux!
Pas prêt de l'oublier cette vue là.
(je me suis servi un pastaga pour fêter cela)

Excellente transparence, très peu de turbulence, pas trop de pollution lumineuse, une collimation bien soignée, la tête bino parfaitement réglée à mes nieuxnieux...argggh!

Aux anges le Patte pour ce cadeau d'anniversaire!

Pas vu le temps passer, le coq a redoublé de fréquence, allez, au lit maintenant, pas risquer l'overdose.
Encore une petite friandise avant de se glisser sous tente, l'amas des Canards sauvages (M11)
Comme ça fait plaisir de voir une copine du Sud, heureux de mes voyages, rêvant de ceux qui m'attendent, le sommeil était bon et profond.
Le coq pouvait pour ma part y aller jusqu'à extension de voix, rien n'allait me déranger.

Epilogue

Faut bien retourner vers Bruxelles.
Le matériel remballé, je vais déposer le dob et ma tente chez les fermiers et en profite pour éclaircir cette histoire de coq noctambule.
J'ai eu l'explication: il est tout nouveau à la ferme (c'est en effet le tout beau tout blanc), peu d'expérience (il n'avait jamais vu de chats) et comme tout nouveau engagé, il montre un enthousiasme et un zèle exagéré.
Rajoutant à cela qu'il ne savait pas s'il fallait avancer ou reculer l'horloge avec le passage vers l'heure d'été, il a joué la certitude et dans un élan de conscience professionnelle, a commencé quelques heures avant pour finir quelques heures après l'heure réglementaire.
(aussi pour épater les poulettes on suppose)

Merci de m'avoir lu,
merci aussi au ciel, à Said, les fermiers œuf Corse, Jean-Yves et Blaise pour m'avoir offert cette virée!

Et pour ceux et celles qui aiment les fleurs, voici un petit cadeau de la part de Madame Nature:



Patte.


05/04/2010
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