33-Croarnaval

CROARNAVAL

Quelle période, quels bouleversements pour votre narrateur pendant que les fêtes "païennes", annonçant le renouveau, font le bonheur des gens impatients de soleil et de printemps!
Un hiver comme j'en voudrais en revivre d'autres: un projet qui tient ses promesses, le ciel plein d'étoiles au rendez-vous, cela a commencé avant les vacances de Carnaval et continué bien après.

Amis de la nuit et de Mizar, bonsouâââr, faut que je vous raconte ça,
les premières sorties avec mon 305 boîte-de-nuit qui sent encore bon l'huile pour bois,
la vue avec tête bino sous une superbe météo,
quelques déboires, beaucoup de bonheur, des rencontres et l'avvvventuuura!

Préparatifs

Fin janvier, le voilà quasi "fini" le Nightbox, le ciel se dégage enfin et je vais pouvoir tester mes élucu, éculubra...idées révolutionnaires en matière de conception de petit gros pour regarder là haut.
Le fruit de mon travail acharné est monté fébrilement sur le toit. Collimation à l'œilleton, contrôle au laser barlowisé.
Fichtre! Stupeur et frémissements. Pas bon pas bon: ça ne correspond pas.
Ce sera sur étoile cette collim', sur donuts quoi, histoire d'avoir une première idée...vouâââlâââââaaaaaaaa...pour les premières claques encore bien gentilles -le ciel de Bruxelles étant ce qu'il est- c'est satisfaisant.

Première cible?
Je vous le donne en mille: emme quarante-deuheureux!
Aaah, ça promet mais ça promet cet engin.
Pas trop le temps de bien admirer mais je pressens ce qui me sera offert sous de meilleurs cieux.
Faut en effet tester le nouveau-né, essayer le passage entre position haute et basse de la cage de secondaire, diagnostiquer les maladies de jeunesse et tout cela...

Le lendemain soir c'était déjà mieux: en réglant l'offset, la perpendicularité du PO et d'autres bricoles, la collimation se fait plus facilement et tout le monde est d'accord: l'œilleton/cheshire, le laser barlowisé et le test sur étoile. Paaaaarfaaaaait, j'en profite pour observer ce qui est observable en ville mais pas très longtemps.
Drôle d'animal le Patte qui préfère y aller molo, se réserver des plaisirs pour plus tard, faire monter le désir...
(puis force m'est d'avouer qu'il faisait un froid polaire, avec un vent piquant et le toit transformé en patinoire)
Satisfait je descend le gros en une pièce du toit et me fais chauffer une bonne soupe petits pois.

Troisième nuit, impossible de faire la collimation.
Cela donnait du n'importe quoi suivant l'orientation du tube.
Dépité j'étais. Pas de quoi me jeter du septième étage (d'autant plus que j'avais encore de la bonne soupe) mais je n'y pigeais que dalle: comment ce fait-ce? Pourquoi moi? Maintenant? Dieux? Oooooooh dieux, répondez-moi, quelle abominâââble pêché aurais-je commis pour mériter tel châââtiment? Hein? Non mais je vous pose la question?!

Après une heure et demi de calvaire, les doigts gelés, les pieds et ce qui pendouille entre aussi, enfin trouvé ce qui se prenait pour Pâques: une des tiges s'était décollée.
Hockey! Ce n'est que ça!
Retour atelier/salon pour démontage/recollage/du scotch aussi tant qu'on y est/ puis nettoyer le primaire qui a été visité par un des chats/terminer la chaise/caddie et encore des bricoles pendant quelques jours de grisaille.
Finalement j'étais prêt pour la toute première escapade en train.

Horizon Sud à la Mer du Nord

Un soupir de bonheur, un frisson d'adrénaline dans le dos, une note de téléphone qui sera à la hauteur de mon enthousiasme, je donne un bisou sur la joue d'Oscar (c'est à côté du PO).
Je viens de redécouvrir quelques joyaux célestes sous un autre regard.
Moi qui adorait me bal(l)ader au 200/1000 avec l'antares W70 14mm, je suis quadruplement comblé en ayant le même champ, le même grossissement, mais avec 2 fois plus de lumière et en vision binoculaire de surcroît.

A l'abri du vent sur mon nouveau site découvert par hasard et bien mieux et moins loin que mon emplacement habituel le long de la voie ferrée, je m'adonne à mes vices et me bourre une pipe de satisfaction et déguste un bon petit Porto.



(le schmillblick version voyage)



(vous voyez ici le caddie transformé en chaise d'observation réglable en hauteur)

J'ai bien fait de venir chez ma mère à la Mer du Nord pour la première virée d'Oscar.
Non seulement pour la visite agréable, pour la bonne bouffe et le Porto, mais aussi parce qu'en pleine cambrousse, j'aurais pu faire tintinturlute!

J'explique: comme à mon habitude, j'arrive toujours à la dernière minute pour embarquer dans un train.
Pourtant je devrais être traumatisé par ce qui s'est passé il y a quelques années et partir bien à temps?
La première fois que j'avais pris le train pour me rendre au boulot après avoir définitivement renoncé à la voiture, j'ai sauté dedans et me suis pris un pied sur une marche, m'étalant en plein milieu des voyageurs heure de pointe. Et je sentais très bien qu'ils se gaussaient de moi et me faisaient des grimaces quand j'avais le dos tourné. Cela ne m'a pas servi de leçon...

Dernière minute donc et pas le temps de dessangler la boîte de nuit de son caddie: il y a les roues qui dépassent. Pas le temps d'enlever mon sac-à-dos: ça dépasse aussi. Pas le temps de courir vers une porte large, fallait sauter par la première venue, une étroite évidemment.
Résultat de la course, je me retrouve coincé sur la première marche, encore à moitié dehors entre le sac-à-dos et Octave, oups, Oscar je veux dire...pardon, un lapsus qui reviendra probablement souvent, Octave c'est le petit grand frère du gros...
Donc je me retrouve en fâcheuse position avec dans les oreilles le bruit strident "tiiiiiiiuuuuuûûûûûût" des portes qui vont se fermer sur l'ensemble.
Un voyageur a tiré le scope en toute vitesse et ainsi libéré, j'ai échappé de justesse à un guillotinage en longueur.
Cependant la boite n'en est pas sortie indemne, une des attaches latérales de hache n'a pas tenu le coup.
Fort embêtant car ce clip nylon sert aussi à fixer un des 4 patins teflon de mouvement en hauteur...

Train bondé, je voyage assis sur le caddie/chaise et voyant les dégâts, je me suis dit que je trouverai bien de quoi arranger cela chez ma mère et rassuré, je regarde le ciel qui se dégage de plus en plus.
En effet, après le bon repas, un peu fouiner dans la boite-à-outils et j'ai trouvé de quoi faire une réparation de fortune, ouf!!!!

Deux nuitées mag(nif)iques où j'ai été frappé par le gain en couleurs qu'offre le diamètre généreux.
Les étoiles se distinguent en gemmes ou métaux précieux: diamant rubis et turquoise saphir ou tanzanite, ambre ou citrine, or platine argent bronze...

Ainsi dans les Pléiades bleutées, mon regard a été attiré par une toute faible étoile qui se distinguait par sa couleur rougeâtre. En suivant le tracé du chapelet qui mène vers Alcyone (flanqué de son adorable triangle contrasté) on arrive sur une zone plus pauvre en étoiles. C'est par là quelque part, très discrète la rougeaude. Tellement discrète que lors de mes visites ultérieures, je ne l'ai plus revue. Effet conjugué de l'enthousiasme et du Porto qui monte à la rétine? Je ne sais pas mais j'y retournerai, sachant qu'un peu d'humidité en plus peut franchement estomper les couleurs célestes. (Et si je ne la retrouve pas, ben, j'irai me chercher une bouteille de Sandeman)

Par contre, pas de rêverie là, le double amas de Persée (en particulier NGC 869) brille par un festival de blanc/bleu/orange. Le vénérable amas ouvert M67, un des plus anciens connus, distille avec subtilité des contrastes saisissants entre étoiles jeunes et d'autres en bout de cycle: des générations sous un regard!

Les nuances sont aussi plus prononcées sur Mars et Saturne, mais je me les réserve pour les périodes de disette ciel profond, en ville ou par Lune bien présente.
J'essaye quand même les nouveaux oculaires 10mm sur la bino avec barlow (300x). Pour cela fallait donc remonter la cage secondaire et recollimater.
Ok j'y vais et que vois-je? Oh horreur, c'est moche: une planète entourée d'un halo, rien d'autre à part des reflets...L'imbécile que je suis a oublié de dévisser la rondelle métallique de collimation (laser+barlow) du nez de la barlow. J'ai eu peur là pour l'achat de mes 10mm, qui s'avèrent après avoir enlevé la rondelle excellents pour le prix.
Un porto pour fêter cela!

Pas mal de coups de fil pendant la journée en vue du WE prévu en Lorraine.
Dommage que cela n'avait pas l'air de décoller, retour vers Bruxelles donc où j'ai rendez-vous avec Fritzmayo pour une virée en voiture près de Gatry.
Un retour également sous le sceau du "sauter par la guillotine". Pourtant j'étais parti bien à temps. C'est que les traditions ancestrales ont la peau dure...
J'explique: à Bruges, fallait because défaillance technique changer de compartiments vers ceux situés en tête du train.
Comme je me laissais bercer par la musique aux écouteurs, ce n'est qu'en dernière minute que j'ai compris que je devais faire un sprint sur 6 wagons avec tout mon bardas (quand je reviens de chez ma mouman, je suis toujours nettement plus chargé qu'à l'aller) et avec l'élégance du gnou franchissant une rivière infestée de crocodilles, sautiller par la grande porte.

De profondiiiiiiiis Orionibuuuuuus, lalalala lalalala lalalala lalalaaaaaaaaaa...

Pas eu le temps de me taper une sieste: donner du ronron miammiam et des câlins aux chats, faire des courses, réparer quelques bidouilles sur le gros et c'était déjà l'heure du RV.
Rassuré qu'il y avait assez de place en voiture, Fritzmayo a embarqué son Vixen 8" Kletzov sur SVP.
Direction Hove/Gatry.
Zone bleu-vert clair sur la carte à Fredogoto et situé "du bon côté" de Bruxelles, c'est-à-dire qu'on n'a pas besoin de contourner ou traverser la ville, pas mal de kilomètres de gagnés donc.

On cherche un endroit pas trop boueux et avant d'installer le matos, estimation de la qualité du ciel.
Fritzmayo était un peu déçu par rapport à ce qu'il avait vu un bon bout de temps avant. Si l'hiver est une bonne période pour observer les piafs dans les branchages, le manque de feuilles montre aussi les lampadaires à la ronde...Bon, on fera avec, en tout cas le ciel est bien mieux qu'à la Mer du Nord.



(Fritzmayo et son Vixen)

J'ai passé presque toute la nuitée sur la grrrraaaande né(fa)buleuse d'Orion.
Ah comme j'adore étaler le plaisir dans le temps, cette vue qui de soirée en soirée devient de plus en plus belle. D'abord Bruxelles, puis la Mer, puis ici...en plus je sais que je suis encore loin de la qualité d'un ciel bien noir et quand même, M42 m'absorbe par sa beauté stupéfiante.

Je me demande quels mots un critique d'art utiliserait pour décrire ce tableau. Quelque chose comme ceci?
"une composition subtile par sa complexité et complexe par la simplicité, ce camaïeu vert nous emporte et nous fait continuellement osciller entre l'abstraction mathématique, l'art conceptuel et la représentation figurative. La symétrie brisée, l'asymétrie mariée, des étoiles éclatantes, des nuances à peine perceptibles...tout dans ce tableau est basé sur un équilibre d'antagonismes et semble être insouflé de dynamisme, de mouvement, de vie. Pourtant, à sa vue, c'est la sérénité qui nous empare. Un œuvre majeure!".

Que de mots ce pastiche pour dire ohkzébôôô!

Parfois elle me fait penser à une raie manta cette nébuleuse, ou un "monstre" avec un quadruple œil, un gueule grande ouverte et trois yeux alignés, de grandes ailes...ou alors un simple "3".

Observation avec tête bino (je me demande si je saurais encore m'en passer) et essai du filtre bande (HBéta/2OIII) à Baader, l'UHC-S que j'ai chipé à Fritzmayo.
Pas trop convaincu au fait. Il est vrai que les extensions apparaîssent plus grandes, mais je trouve que l'esthétisme de l'ensemble devient moins séduisant.
Faut s 'habituer à voir tout en vert, mais j'ai surtout l'impression que les détails du centre s'estompent.
Sans filtre je fais la distinction en zones sombres, zones légèrement perceptibles puis carrément du "flashy".
Avec filtre tout devient "flashy" et les contrastes diminuent.
Donc OK pour les extensions, pas bon pour le centre.
(faudrait un filtre spécial M42 qui n'interfère que sur les bords...)



(votre narrateur comblé)

Fait d'autres visites évidemment mais toutes "décevantes" à côté de la vedette de la soirée.
Pas leur faute, il faisait de plus en plus humide et le fond du ciel s'éclaircissait comme si c'était par pleine Lune. La nébuleuse du Crabe, facile à pointer quand on prend le Taureau par la bonne corne, n'était qu'un petit nuage rectangulaire, les galaxies se diluaient...temps de rentrer!

Ce qui m'a le plus fait plaisir, c'est le coup de téléphone de Fritzmayo le lendemain: "On remet ça ce soir?"
"Ouaaaaaaaiiiiiis!" Voilà que l'ami, après une période non-active question pratique astro, ressent à nouveau l'irrésistible envie d'aller sur le terrain!
Cette fois c'était direction de mon endroit favori près de Ciney.
Le ciel était bien meilleur que la veille. Je ne me suis pas trop attardé sur M42 pour me faire un festival de galaxies.
Sûr et certain, c'est par ici que je viendrai observer en solo, faut que je trouve un endroit pas trop loin de la gare de Chapois mais ce ciel vaut vraiment le déplacement en train!
Confirmation la nuitée du lendemain...

L'avvvventuuura!

Bon, faut quoi en plus? Boisson et victuailles pour disons 24 heures, tente, matelas et sac-de-couchage, de l'outillage au cas où, vêtements supplémentaires, des mouchoirs papier, musique, gsm, lecture pour dans le train, carnet de notes, appareil photo, autre chose? Bon tout est rassemblé: oufti, ce n'est pas rien!
Allez, cela s'annonce excellent sur météobleu, andiamo!

Déchargeant l'ascenseur, je croise la plus charmante voisine de l'immeuble qui s'étonne du déménagement.
Alors, fier comme Rambo qui pose avec ses douilles jusqu'aux genoux, j'explique la soif du voyage vers les cieux d'endroits sauvâââges et des choses comme ça.
Bon, maintenant soit elle est intriguée (voire admirative?), soit non seulement elle me prend pour un taré: elle en est persuadée.

Brisant les traditions, je suis arrivé sur le quai bien avant l'arrivée du train.
En une minute 42 secondes j'avais largement le temps de préparer le matos pour ne pas devoir tout embarquer en une fois, chose qui me semblait impossible. La suite prouvera qu'en cas de nécessité, l'être humain a des ressources insoupçonnées...

J'explique: arrivé en gare de Ciney et sachant que la correspondance partirait une petite dizaine de minutes plus tard, je me roule une clope et jette un œil distrait mais avisé sur le croissant Sélène, me donnant l'air de l'aventurier-qui-en-a-vu-d'autres.
En cachette j'admire tout-de-même la lumière cendrée qui est bien perceptible malgré les quelques lampadaires des environs.
L'affichage indiquait que le train vers Jemelle part de la voie 1 pendant la semaine. Le panneau WE et jours fériés n'y est plus. "Chic, pas besoin de changer de voie, c'est juste en face", me félicite-je en tirant une taffe.
Cependant, sur le quai 4, je vois un train de banlieue phares allumés...
Ahum...le temps passe...et si? Et si c'était celui-là?
Je descends à la recherche d'un panneau WE et que lis-je: Jemelle quai 4.
Un regard sur l'horloge m'indique que ce sera dans moins d'une minute! Prestissimo je suis aller chercher mon bordel, descendre depardieux courir monter leparain courir ébloui par les phares, qui éclataient comme la source de lumière de l'espoir désespéré.
L'accompagnatrice du train, sachant bien que ce touriste tête en l'air devrait prendre le sien (vu que c'était le dernier) a eu la gentillesse de m'attendre avant de siffler le départ.
Je lui aurais offert un millier de baccaras! Elle m'a demandé pourquoi je n'avais pas répondu ou crié mais me voyant hors souffle, elle n'a pas insisté. N'est pas Rambo qui veut et comme j'ai dit: les traditions ont la peau coriace.

Arrivé à Chapois, fallait encore trouver un bon endroit, celui visité la veille étant trop éloigné pour y aller à pattes.
Longeant la rue principale (éclairée) , il me faut pas mal de temps avant de trouver une ruelle vers le Sud qui semble potable. Il a fallu 2 kilomètres, dont les derniers 500 mètres en montée avant de trouver ZE place to be.
Pas un chat, terrain herbeux non clôturé, quasi pas d'éclairage parasite, je suis dans une cuvette au sommet d'une colline qui "domine" les alentours.
Pas trop admirer, faut encore s'activer sous peine de se refroidir trop vite. Pas oublier qu'à cet instant, je suis en sueur après cette montée.
Avec discipline je commence par la tente (je me connais, si le télescope est monté avant, euh...pas besoin de faire un dessin)

"lampe frontale, okéééééé, vider le sac de la tente, ici c'est bien plat, orienté comme ça je suis les pieds plus baaaaaas, pas de pierres branches bouses taupes ou troulalaaaaas? Nooooooon, c'est booooooooon, hop comme ceciiiiiiii, bieeeeeen, maintenant longues tiges pour la première diagonaaaaaaaaaaaaale, voilàààààààà, puis seconde diagonaaaaaaaaale...ah non, ce sont les courtes pour à l'avant ça...Tudjeu, où sont passées les autres ?"
Scrute, cherche, fouille...tudjeu de rogntetjeu de 'tin de mordel de berde! Y a pas! Oubliés quelque part lors d'une précédente escapade? Fichtre de diantre de ci et de ça!

Je passe en mode Mac Gyver pour quand-même me faire un abri de fortune.
Stabiliser avec les cordes? Naaaan, Marche pô...ou alors chercher des branchages dans la pépinière à côté, nan: il n'y a que des petits sapins soigneusement alignés...TILT: utiliser les courtes et écourter les longues, suffit d'enlever un ou deux des éléments carbone pour avoir la même longueur et bingo, j'ai un mono-dôme ultra-bas, mais "habitable".
Content du résultat, je me roule une clope honorifique et fait quelques pas en arrière pour admirer le travail.
"scrouiiiiic" Quelque chose là, c'est quoi? Les tiges longues!
Râââââh!!!!!!
Allez, zou, démonter et remonter tout comme il faut! Puis le télescope et je suis à vous mes étoiles bien-aimées!



Sirius et souris

Profitant d'un horizon Sud bien dégagé et assez faisable (le triangle du bas avec Adhara saute aux yeux, chose pas évidente en Belgique), je vais enfin pouvoir observer la zone du grand waf wouf.

A tout seigneur tout honneur, M41 dans le panier à photons pour commencer.
La boîte-de-nuit est en position "bino sans barlow", avec les 20mm j'ai un grossissement de 75x et un champ d'à peu près un degré.
C'est exactement ce qu'il faut pour ce spectaculaire amas. Ouaaaah, quelle entrée en matière, trop violent là, j'aurais du commencer avec du plus gentillet.
Je recolle les yeux à la bino...noooooon, faut que je m'en remette là, à peine commencé, j'arrête.
Que cette expression sur mon visage qui devait quelque part se situer entre l'incrédulité et le sourire béat se dissipe pour laisser la place au sérieux du scientifique pur et dur qu'est votre narrateur. Le temps d'une clope et d'une gorgée de pastaga, j'y retourne.

On dirait un globulaire "dilué", avec un éparpillement d'argenté qui prend presque tout le champ.
Au centre, il y a 4 étoiles qui ressortent, dont l'une comme un brillant mis en valeur par la délicatesse des voisines, une autre qui surprend surtout par son or(ange) contrasté.

Va falloir la jouer dans le subtil après cette claque.

Bruno a souvent parlé d'un petite merveille trop souvent délaissée: NGC 2362.
A part Lasilla récemment, on en fait pas souvent mention dans les croa's...peut-être bien parce que cet amas ouvert reste fort bas sous nos latitudes?
Entourant τ CMa, on distingue une structure en forme d'arbre de noël. Ce n'est pas le "classique" Xmas-tree cluster (NGC 2264) niché dans la nébuleuse du Cône, mais pour moi, la forme générale m'invoque bel et bien la silhouette des arbres plantés derrière mon dos.
Faut grossir plus, je passe à 150x et il y a à nouveau ce bête sourire béat sur ma tronche de débile profond.
En effet, ça vaut largement le détour, la visite, voire même l'oubli du temps qui passe.

Pointage plus à l'Est pour une nouvelle découverte en ce qui me concerne.
Un amas ouvert dans la Poupe.
"Tiens? La Belgique n'existerait plus? Les dieux remerciant cette tragi-comédie auraient récompensé le pays en le plaçant dans les cieux?"
Voilà les premières pensées en voyant M93. Petit amas ouvert triangulaire, avec cette tortuosité typique de l'imbécilité des frontières non naturelles, l'encoche Française de la vallée de la Meuse menant vers Dinant.
Joli tout beau M93, encore ici 150x sera adéquat.

D'autres visites évidemment à l'actif mais vers les 2 heures mes pieds réclament un peu d'attention.
Retrait stratégique sous la tente, j'enlève les chaussures pour un massage.
Chocolat, puis, le sac-de-couchage enroulé autour des pieds, petite sieste avant la deuxième partie de la nuit.
Je me suis réveillé une bonne heure plus tard, juste avant l'irritante sonnerie du GSM.

Youplaboum rhabillage: it's galaxy time!

Les souris de l'espâââce, ces petites choses grises, ces immenses galaxies!
Il y en a des écrasées (M82), des obèses (M81), il y a celles qui sont en train de faire des p'tits (M51 & NGC5195) , des bigarrées (M64 et 104), des qui font ménage à trois (triplet du Lion), des qui sont en orgie (amas Coma-Virgo), des timides (M101)...des des des!

Une excellente nuitée: froid mais sec, il n'y avait pas le voile d'humidité des visites précédentes, la transparence était très bonne.
Pas de problème avec la tête bino, elle ne bouffe pas trop la lumière, chose que je craignais pour du ciel profond de chez profond. Je ne sais pas si ça passerait avec un 150 ou un 200, en tout cas, avec le 300 c'est l'immersion totale.

Un petit mot sur M51, où j'ai distingué une zone allongée plus claire dans un bras opposé à NGC5195.

Belle récolte donc, et pour terminer en beauté, un plongeon dans le grand amas d'Hercule.
Un globulaire pas si globulaire que ça dès qu'on pousse un peu les grossissements: il y a comme des éjectas d'étoiles qui jaillissent du centre, comme un feu d'artifice bizarrement amorcé. Deux longs bras à l'Est, plusieurs plus petits perpendiculaires vers l'Ouest. La vue d'ensemble me fait penser à un acarien ou une bestiole du genre (sans être péjoratif, j'adore les p'tites bébêtes)

Encore un bonjour à la nébuleuse de la Lyre avant de ranger les oculaires, et et Albiréo bien sûr!
Le soleil va se lever de toute façon. Jupiter et Vénus "bouillonnent" dans l'aurore.
Je post-pose le dodo en attendant les premiers rayons, m'imaginant au Lubeuhron.



Rencontres

Réveil vers midi, je prends mon temps pour "petit-déjeuner" à mon aise et remballer le matériel pour le retour.
Fort bien les rangées de sapins là pour faire ma modeste contribution en recyclage de matières organiques pour la fertilisation de notre chère Mère Terre.
Aucun incident fâcheux à signaler pour le chemin du retour.
D'ailleurs, qu'est-ce qui pourrait bien m'arriver après une nuit pareille?
Les traditions ne sont pas si inflexibles donc?

Le soir, le ciel s'est couvert. Moi aussi, dans le pieu! Sous l'édredon, ça tombait bien!
Puis, rebelotte en éclaircies.
Fait le plein de planétaire depuis le toit: Mars un peu décevante, Saturne en bonne compensation et le croissant croissant croissant dans mon estime!
Ouh que ça dépote ce 300 avec tête bino. Quand la turbu le permet: survol à 300x, sinon à 150x.
Un régal...mais voilà un coup de fil pour les voyages hors du système solaire: Fritzmayo est déjà en manque.
Cette-fois en voiture jusque Liernu.
Viendront nous rejoindre Hyluxskywatcher (en TDA) et Otzi avec son 130/650 sur pied photo.

Faudrait voir son installation là! Quel dommage que je n'avais pas pris d'APN.
Un trépied avec les pattes écartées sur plus d'un mètre, les longues guibolles de l'homme des neiges de part et d'autre: une pieuvre à cinq pattes (neuf si on inclut celles de la chaise)

Mais c'est amusant comme tout ce 130/650 sur trépied photo.
Et j'étais agréablement surpris par le point rouge qui nécessite pas de placement des yeux aussi précis qu'avec le QF.
Agréable soirée, cependant c'était sans compter sur la Lune qui tardait tardait tardait à bien vouloir se coucher. L'humidité a pris le relais et pour ma part, je me suis plutôt limité aux amas ouverts.

Dernière soirée escapade aussi, avec la Lune de plus en plus présente les centres d'intérêt deviennent planétaires, ce qui est très faisable depuis la terrasse.
J'ai pu suivre, à une ou deux nuits près, l'évolution du terminateur pendant tout un demi-cycle...

Avec un peu de bol, je pourrai continuer ce méga croa avec l'éclipse de cette nuit, mais place aux autres!
Merci à ceux et celles qui m'ont souhaité de bons cieux pour 2008: l'année commence on ne peut plus bien mieux meilleur.

Patte.


20/02/2008
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